Naissance et apogée

Diplômé en 1938, André De Bluts constate, dès 1945, que les diplômés de Droit ne se retrouvent qu’au sein de l’Union des Anciens. Or, les ingénieurs civils ont, en outre, leur postfacultaire, de même que les médecins et les ingénieurs commerciaux. Les juristes n’ont jamais cherché à se regrouper.

L’ADBr est fondée en 1945. Association de fait, elle calque ses statuts sur ceux de l’UAE et la première assemblée générale les approuve le 10 novembre 1945. Parmi les pères fondateursretenons René Marcq, Leon Cornil et Henri Simonet. Chacun d’eux présidera l’Association dans les années suivantes.

Dès 1945, André De Bluts en est le Secrétaire et la cheville ouvrière. Son courrier des années 1960 – il est alors Président – révèle l’ampleur de son activité.

De 1949 jusque 1967, un annuaire annuel est envoyé aux membres. Il comprend trois classements, par ordre alphabétique, par profession et par année de promotion. Le succès est là! Beaucoup d’annonceurs acceptent de soutenir financièrement l’initiative. En 1965, on compte plus de vingt publicités, ce qui est remarquable. Comme le reconnaît André De Bluts, “c’est du boulot” mais, les plus anciens de nos anciens saluent encore cette réalisation fort utile.

L’Association organise aussi de nombreux déjeuners-conférence. La liste en est impressionnante. Beaucoup d’enseignants universitaires se prêtent au jeu. Le lieu des conférences varie: Bruxelles, évidemment, mais aussi Mons, Charleroi et même Gand. Des bulletins proposant des voyages sont régulièrement envoyés aux membres. A l’époque, ces voyages attirent de plus en plus de membres. La correspondance d’André De Bluts fait apparaitre qu’en sa qualité de Président de l’ADBr, il intervient aussi pour soutenir, dans la fonction publique, les candidatures ou les demandes de promotion des membres.

Mais, son œuvre maîtresse est, sans conteste, la parution, en 1961, d’un volume de 152 pages relatif aux débouchés des Docteurs en Droit.

De quoi s’agit-il? La réforme des études de droit fait alors l’objet de discussions, à l’initiative du Ministre de l’Instruction publique, Charles Moureaux (membre de l’ADBr!). Elles aboutiront à la mise en place d’une candidature en deux ans, la première étant réservée à la culture générale et la seconde à la préparation, plus directe, à l’étude du droit. Les discussions portent aussi sur la composition des programmes.

Dans ce contexte, André De Bluts décide d’inviter deux membres, Robert Henrion et Pierre Bolle, à une conférence double sur les débouchés des Docteurs en Droit dans les entreprises et sur les attentes des chefs d’entreprise à leur égard. Il se dit, en effet, “frappé de constater un malaise grandissant parmi les Docteurs en Droit”. Robert Henrion est, alors, Professeur à l’ULB et directeur de la Banque de la Société Générale, Pierre Bolle est l’Administrateur-Directeur général des Grands Magasins “A l’Innovation”… Deux pointures!

Au soir du 21 janvier 1960, à la Maison de l’UAE, rue Blanche, l’affluence est grande: les jeunes membres de l’ADBr et les étudiants sont venus en nombre. Beaucoup s’inscrivent aussi à un colloque de travail sur le même thème qui se tient une semaine plus tard: succès identique. En juin 1960, André De Bluts et le Secrétaire, Jean-Régnier Thys, annoncent la collaboration de l’ADBr avec l’Institut de Sociologie. Il s’agit de consulter les membres sur le problème de la place du Docteur en Droit dans la vie économique du pays. Une imposante farde de courriers échangés atteste du travail considérable du Président et du Secrétaire. Une souscription est lancée. Un budget est établi qui révèle les bonis qu’en tirera l’ADBr. Surtout, un questionnaire anonyme est établi. Les membres répondent à plus de vingt questions, portant essentiellement sur leurs études et leur préparation à une activité professionnelle.

L’ouvrage paraît sous le titre “Cinq cents docteurs en droit s’interrogent sur leurs professions”. Les membres – dont 10% de femmes – sont nombreux à répondre. Globalement, tous insistent sur la nécessaire revalorisation des études et sur une spécialisation poussée. Les plus mécontents de leur formation juridique sont, bizarrement, les fonctionnaires, les avocats et les cadres d’assurance. Le travail est d’envergure, le dépouillement des questionnaires fastidieux, la presse est élogieuse… le Trésorier de l’ADBr est ravi!

Et, dans les trois décennies qui suivent, l’Association connait toujours pareil engouement…

Un certain crépuscule

Malheureusement, on constate depuis le milieu des années 80, une réelle perte de vitesse de l’Association malgré son adaptation à son époque avec son site Internet, sa présence sur Facebook, ses contacts fructueux avec les cercles étudiants: Cercle de Droit, Bureau Etudiants, Novelles, Elsa. Cela ne suffit guère à inciter les jeunes diplômés à se faire membre de l’Association.

Ceci dit, l’ADBr est confrontée aux mêmes problèmes que les autres postfacultaires et l’UAE elle-même, à savoir: trouver de nouveaux adhérents.

Mais l’on peut terminer par une note d’optimisme. Le conseil d’administration s’enrichit régulièrement de la présence de jeunes diplômés. Gageons qu’ils trouveront des formules innovantes pour relancer l’attractivité de notre Association.

Cet exposé est directement repris de l’article de Marie-Laure Stengers, présidente de l’ADBR, à l’occasion des 180 ans de la faculté de droit.